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Philippe DESCOLA, anthropologue et ethnologue : "Par-delà nature et culture".

Publié le par laell

I)   Médaille d'Or du CNRS 2012, enregistrement de la nomination. LIEN..............

Philippe Descola, né en 1949 à Paris,  est un Anthropologue et ethnologue français du XXe-XXIe siècles. Ses recherches de terrain en Amazonie équatorienne, auprès des JivarosAchuar, ont fait de lui une des grandes figures américanistes de l'anthropologie. À partir de la critique du dualisme Nature/Culture, il entreprend une analyse comparative des modes de socialisation de la nature et des schèmes intégrateurs de la pratique : identification, relation et figuration,(sources Wikipédia).

Quelques spécialités :

•         Terrain ethnographique

•         Système des quatre ontologies

o     Particularité du naturalisme

o     Les quatre ontologies : Animisme, Totémisme, Analogisme, Naturalisme.


 

II) Introduction : généalogie d’une théorie anthropologique.


LIEN: Les conférences d’AGORA

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0a/Philippe_Descola%2C_Par_dela_nature_et_culture_maitrier.jpg/250px-Philippe_Descola%2C_Par_dela_nature_et_culture_maitrier.jpg

 

1- Ethnographie, ethnologie, anthropologie.

 

a- Tout commence avec l’ethnographie, càd avec la longue immersion dans une société, une tribu, ou un groupe humain quelconque, pour en acquérir les habitudes de vie, la langue, les catégories de pensée, afin de pouvoir les interpréter le mieux possible ;

b- Le travail de l’ethnologie consiste à généraliser les observations ethnographiques pour élaborer une synthèse régionale (concernant, par exemple, le style culturel d’une aire géographique donnée), ou une synthèse d’une classe de phénomènes caractérisant certaines pratiques (le sacrifice, la parenté, etc.) ;

c- Quant à l’anthropologie, qui coiffe le tout, elle est la reprise et la continuation de l’anthropologie philosophique (qui s’interroge sur les constantes de la nature humaine), et se demande, par exemple, pourquoi un être biologiquement uniforme a produit une telle diversité de croyances, de valeurs, de représentations, d’institutions, etc ..

 

 Certains auteurs, comme Dan Sperber, considèrent qu’il y a un saut qualitatif entre la description ethnographique et l’interprétation ethnologique, d’une part, et la démarche anthropologique, d’autre part, laquelle est de type hypothético-déductif. Tous les anthropologues sont marqués par l’expérience ethnographique et essaient d’éviter les généralisations, peut-être dangereuses. Lévi-Strauss, par exemple, a été marqué par sa double expérience brésilienne chez les Bororo (peuple organisés en moitiés qui ont des relations d’échange considérables l’une avec l’autre) et chez les Nambikwara (une toute petite société, totalement close et isolée du reste du monde).

 

2- Ce que les Achuar nous enseignent.

 

a- Philippe Descola a, quant à lui, acquis une expérience ethnographique chez les Achuar de Haute Amazonie. En effet, concernant les peuples d’Amérique du Sud tropicale, il existait deux écoles anthropologiques différentes, qu’il fallait donc confronter au terrain pour en avoir le cœur net :

 

- une école américaine, dominante, fondée sur l’idée du déterminisme géographique (fertilité ou stérilité des sols, abondance ou rareté du gibier, etc.), qui soutient que les institutions amazoniennes seraient contraintes par ce déterminisme. Pensée épistémologiquement assez pauvre, mais il fallait vérifier sur place, pour en tirer éventuellement d’autres conclusion (ce que, par exemple, Jacques Lizot a fait chez les Yanomami) ;

 

- une école européenne, influencée par Lévi-Strauss. Chez lui le contraste entre nature et culture est lui-même culturel et ne doit pas être pris au pied de la lettre, même s’il s’en sert comme matrice contrastive. En outre Lévi-Strauss s’appuie sur une théorie moniste de la connaissance assez proche de celle de Merleau-Ponty dans la Phénoménologie de la  Perception (La Pensée sauvage est d’ailleurs dédiée à Merleau-Ponty) : cette théorie est fondée sur le refus du réalisme cognitif (qui distingue le sujet connaissant et le monde extérieur), refus qui évite une division trop nette entre nature et culture. Mais des lecteurs superficiels de Lévi-Strauss se sont emparés de l’opposition nature-culture pour tout ordonner à partir de cette matrice contrastive, ce qui peut paraître utile en première approximation.

 

Ces deux positions paraissant excessives, il fallait partir sur le terrain pour y voir plus clair ; d’où le travail d’écologie humaine mené par Philippe Descola chez les Achuar.

 

 

b- les Achuar occupent deux écosystèmes différents, ce qui n’entraîne, d’ailleurs, aucune différenciation à l’intérieur du groupe :

 

- un écosystème interfluvial, au sol acide et pauvre et au gibier rare ;

            - un écosystème riverain, dans des vallées fertiles au gibier et aux riches ressources fluviales ;

 

c- le fait le plus remarquable est que les Achuar ne différencient pas nature et société : selon eux les plantes et les animaux ont une « âme » (une intentionnalité, une capacité de communiquer, de rêver –les plantes rêvent, par exemple-) ; cette âme permet la communication avec les plantes et les animaux selon des codes partagés (en effet, plantes et animaux se prenant pour des humains, on peut avoir avec eux des rapports de personne à personne) ; dès lors l’activité technique de subsistance (pêche, chasse, horticulture sur brûlis..) est un rapport intersubjectif, « social » avec les plantes et les animaux.

 

d- Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse, et Frazer, dans Le Rameau d’or, avaient déjà mentionné ce fait, qui n’en demeure pas moins surprenant. Car force est d’admettre que les Achuar pensent vraiment ces choses-là ; de là un scandale logique à résoudre, d’où est née l’anthropologie. En effet, au XIXème siècle les marchands, les missionnaires, les administrateurs coloniaux et les premiers ethnographes avaient rapporté un flot énorme d’informations sur cette absence de distinction entre humains et non-humains dans bien des régions du monde. Toutefois en 1897, le grand livre du philosophe néo-kantien Heinrich Rickert, Science de la culture et science de la nature, marqua le point culminant de la séparation nature-culture.

 

 

………………..LIEN: Les conférences d’AGORA 

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